Tous handicapés ?! Etre atypique, hypersensible, surdoué, dys, différent n’est pas une maladie!

Quand on parle de handicap, on pense immanquablement à un fauteuil, à de la trisomie ou quelque chose qui se voit. Et nous savons tous à quel point nous ne sommes pas à l’aise avec les personnes qui sont atypiques, « bizarres », « différentes », « anormales ».  En France c’est culturel. On peut parler d’ouverture d’esprit, de liberté, d’égalité et de fraternité, mais en vrai on a très souvent caché ce qui choque, ce qui dérange, ce qui coupe l’appétit. Les handicapés, la mutilation d’un corps, ses malformations, les blessés de guerre, les accidentés de la route sont bien à l’abri des regards pour ne pas faire peur. La sensation d’être un monstre, quelqu’un de rebutant, qui ne mérite peut-être pas de vivre, c’est ce que le regard ignorant sur le handicap peut amener. Il nous faut un moment pour voir la personne derrière le fauteuil, derrière les cicatrices, derrière la bave, les cris, derrière ce qui manque ou ce qui est en trop. Quand il s’agit d’un proche, on apprend. On apprend la logistique, on apprend les fluides du corps, on apprend la dégénérescence. On regarde plus facilement quand le cœur est pris à partie. Quoi que. Certains bloquent, culpabilisent. La souffrance d’être valide et l’injustice qu’ils voient dans cette différence peut créer et accroître tant de maux.

C’est la partie visible de l’iceberg. Bon nombre de maladies et dysfonctionnements (considérés comme tels) conduisent à un statut handicapé. L’ataxie de Friedreich est un parfait exemple (l’atax…quoi ?). D’extérieur, on ne voit rien. Et puis… et puis ça se complique au fur et à mesure. Le corps est touché et « on voit ». Puis il y ce que l’on ne voit pas sur le corps mais dans le comportement comme Alzheimer. Le début de la maladie, quand l’autre « perd la tête » et radote fait sourire puis inquiète puis la sentence tombe comme un couperet. Dans le regard qui se perd de celui qui est atteint je vois se refléter ma peur de la mort et ma condition humaine qui ne tient qu’à un fil.

Un fauteuil, des crises, des paroles sans queue ni tête…on connaît. On croit qu’on gère, on donne le change en tout cas. Et puis il y a toute une catégorie de personnes sans prothèse, sans rien de visible d’extérieur…avec simplement des réactions, des émotions, des idées différentes. Elles ont pour beaucoup des difficultés à comprendre la société dans laquelle elles évoluent et développent des comportements qualifiés de « curieux » dans le meilleur des cas, jusqu’à « borderline », « déviant », etc.

Faire partie du club des individus atypiques c’est être considéré handicapé dans notre société française. Pourquoi ? Parce qu’ici la règle, la conformité, notamment éducative et intellectuelle priment. L’originalité, le génie, l’expression artistique, le fait de prendre du temps et de ne pas comprendre « comme il faut » sont autant de facteurs généralement excluants du système. Ce fameux système. Cette société bien-pensante qui te dit que tu dois faire du 36 et paraître 20 ans toute ta vie. Etre plus fort que cela demande une très très solide base de confiance en soi et d’amour de soi…et quand dès le départ on te dit que tu es bizarre, ce n’est pas gagné ! Ce qui est considéré comme notre handicap est dans notre tête, dans notre cœur. Notre naturel ne convient pas et on pense qu’il faut le modeler pour rentrer dans la norme, être accepté et aimé. Nos parents, s’ils ne sont pas eux-mêmes des êtres bizarres hypersensibles épanouis et heureux, trembleront à chacune de nos interactions humaines. Nous sommes « sans filtre » et nous ressentons très fortement nos émotions. Elles nous submergent et chaque moment avec l’autre peut devenir une grande source de stress et de souffrance.  Par exemple : aller à l’école et apprendre « comme le veut l’enseignant ». Nous passons notre vie à dire « je ne comprends pas ». Dans notre cerveau tout s’embrouille, dans notre cœur tout se serre.

Suis-je handicapé parce que je ne fais pas les choses au même rythme que les autres ? Suis-je handicapé parce que je réfléchis trop ? Suis-je handicapé parce que je ressens la joie, la détresse, le beau, le bon, le toxique dans ce qui m’entoure ? Suis-je handicapé parce que je suis hypersensible, parce que j’ai des troubles dys, parce que je suis surdoué ou hp ? Parce que je suis un zèbre comme on dit ? Suis-je handicapé parce que je ne vois pas le monde de la même façon que les autres ? Suis-je handicapé parce que j’ai des perceptions plus intenses ?

Quand on constate le regard des Canadiens, Suisses, Américains, Belges sur la neurodiversité, on se demande pourquoi nous n’avons pas ouvert les portes de la connaissance et de la tolérance dans notre éducation sociétale française au sens large. L’ignorance, la stigmatisation, la volonté de standardisation sont des fléaux. Nous ne sommes pas des bacs à douche conçus dans un seul et unique moule. Nous sommes riches de nos différences.

Je ne suis pas en train de dire que le mot « handicap » est à bannir. Quoi que… Je souligne simplement tout l’univers, toutes les réalités qu’il apporte avec lui : anormalité, problèmes, inadaptation, insertion, allocation, temps, prise en charge, parcours du combattant. Et c’est une réalité que nous ne pouvons nier. Peu se réjouissent d’accueillir quelqu’un en fauteuil, d’autiste, avec un cancer et sans cheveux, de dyspraxique, d’hypersensible, d’homosexuel ou même d’intolérant au gluten. La différence bloque. Elle complique les choses juste parce qu’elle est nommée ainsi.

Récemment, j’ai eu la chance de faire la connaissance de Philippe Croizon. Quand on le voit handicapé,  amputé de ses 4 membres, être à l’aise n’est pas instinctif. On en revient toujours à soi et à l’image que cela nous renvoie. Des questions stupides traversent la tête … Comment lui dire bonjour ? Comment lui servir un verre d’eau ? Encore une fois l’ignorance fait son show ! Et puis il commence à parler et au fur et à mesure, on voit l’homme et pas la personne handicapée. C’est une réalité qu’il n’a plus de membres, c’est une autre réalité de voir tout ce qu’il fait alors que moi valide je ne m’y lancerai même pas. Ecouter le témoignage de Philippe Croizon fait rire et pleurer. Pleurer parce que c’est de la bonne émotion qui prend aux tripes et qui ramène là aussi à ma condition humaine. Faut-il aller sur scène et parcourir le monde pour montrer que quand on est différent on est magique ? OUI ! Chacun porte en soi une part « divine », une essence, un truc qui le rend unique et merveilleux. Est-il bon de le rappeler, notamment aux personnes dites handicapées ? Aux personnes atypiques et hypersensibles ? Faut-il diagnostiquer systématiquement tout enfant, toute personne qui sort des rangs ? Doit-on porter notre handicap comme un étendard ? J’imagine les blasons défiler…

Nous avons tous un truc qui cloche et nous avons tous une grande richesse à l’intérieur. Par peur et incompréhension des autres et de nous-mêmes, nos étiquettes « dys », « surdoué », « tdha » sont mal connues et mal vues. Dire à quelqu’un : je suis dyspraxique, je suis zèbre, je suis dyslexique, je suis autiste Asperger ( apsy pour les intimes), je suis hp…ça fait souvent flipper. Et pourtant ma différence, ma neurodiversité, ça fait partie de qui je suis. Handicapée ou pas, je suis ! Et ce que j’ai, qui je suis, n’est pas une fatalité, ni une punition et encore moins une catastrophe. Philippe Croizon insistait lors d’une de ses prises de parole sur l’importance de la communication. « Communiquer ! communiquer ! communiquer ! et encore communiquer » disait-il quand on l’interrogeait sur la prise en considération du handicap invisible. Oui, parlons, parlons de qui nous sommes. Apprenons à nous connaître et à nous aimer. Apprenons aux autres à vivre avec nous. J’ai dernièrement fait la rencontre d’une jeune femme Asperger qui m’expliquait qu’elle chargeait son entourage bienveillant de lui dire quand elle partait en vrille car elle ne s’en rendait pas compte. Savoir qu’on veille sur elle la rassure et la sécurise.

Tous handicapés ? Oui… de la connaissance et de la bienveillance, dans notre rapport à la différence. Il est temps de lever les tabous et de dire ce que c’est que d’être hors norme, atypique, hypersensible, surdoué, dys en tout genre, Asperger, autiste…et  de s’ouvrir aussi à toute forme de différence. Nous ne sommes pas malades, nous ne sommes pas à formater. Nous sommes particuliers et nous voulons simplement pouvoir aimer et être aimés en étant nous-mêmes. C’est ça la force et la beauté d’être pleinement soi !

Claire Stride

http://www.clairestride.com

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